Montréal : toujours plus de taxes, mais où sont les vraies priorités ?

Je viens de lire l’annonce dans La Presse : en 2027, les taxes locales des arrondissements montréalais feront un bond moyen de 8,75 %. Dans certains secteurs, la pilule est encore plus difficile à avaler : 14 % dans Rosemont–La Petite-Patrie, 12 % à Verdun et Outremont, 11,5 % dans Le Plateau-Mont-Royal et 9,2 % dans Ahuntsic–Cartierville.

Bien sûr, cela ne concerne que la portion locale du compte de taxes. Mais un autre chiffre frappe bien plus fort : sur les dix dernières années, la facture municipale globale des Montréalais a grimpé de 44 % en moyenne.

La question devient incontournable : à quel moment va-t-on cesser de piger dans les poches des contribuables avant d’avoir fait un véritable examen de conscience sur la gestion de cet argent public ?

Avant de facturer, pourquoi ne pas mieux gérer ? Administrer une métropole est un défi colossal, j’en conviens. Les infrastructures vieillissent et les coûts de construction explosent. Mais refiler systématiquement la facture aux citoyens n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. Et lorsqu’on se plonge dans les rapports de la vérificatrice générale de Montréal, on y trouve des dérapages qui méritent plus qu’une simple réflexion.

Prenez les centres de traitement des matières organiques. En 2013, Montréal prévoyait construire cinq installations pour 237 millions de dollars. Bilan en 2020 : aucune installation en service, un projet réduit à seulement deux usines, et une facture qui frôle le double du budget initial. Qui rend des comptes pour un tel écart ?

Des millions perdus dans les craques du bitume Nous avons tous déjà pesté contre une rue fraîchement pavée qui se retrouve éventrée de nouveau quelques mois plus tard. Ce n’est pas qu’une impression citoyenne. La vérificatrice générale a documenté ces graves lacunes de coordination sur nos chantiers.

Pire encore, ces ratés administratifs ont fait perdre à la Ville une subvention de près de 11 millions de dollars pour non-respect des exigences contractuelles. Onze millions. Imaginez ce que cette somme aurait pu financer en entretien d’infrastructures avant qu’on ne demande un effort supplémentaire aux propriétaires.

L’informatique n’échappe pas à cette logique. La modernisation de la Ville est essentielle, mais des systèmes comme SIMON engloutissent des fortunes sans que les gains de productivité soient toujours clairement démontrés. On ne devrait jamais mesurer la performance d’une ville aux sommes qu’elle dépense, mais aux résultats concrets qu’elle livre.

Prioriser l’essentiel avant le souhaitable Cela nous amène au cœur du problème : les choix de l’administration. Je n’ai rien contre les pistes cyclables, elles sont nécessaires au développement d’une ville moderne. Mais gouverner, c’est prioriser.

Lorsque nos conduites d’eau fuient, que le remplacement des entrées de service en plomb traîne en longueur et que l’itinérance explose dans nos quartiers, investit-on dans le bon ordre ? Avant de financer de nouveaux aménagements souhaitables, il est impératif de régler ce qui menace nos infrastructures essentielles.

C’est d’ailleurs pourquoi certaines déclarations politiques me donnent des sueurs froides. Quand j’entends la mairesse évoquer l’idée d’accueillir de nouveau les Jeux olympiques, honnêtement, ça me fait peur. Si nous peinons à coordonner des chantiers de voirie de base et que nos infrastructures de l’eau menacent de céder, est-ce vraiment le moment de rêver à un méga-événement international reconnu pour ses dépassements de coûts astronomiques ? Les Montréalais ont déjà donné pour les gouffres financiers olympiques. Avant de viser l’or, assurons-nous que notre plomberie ne fuit pas.

Le coût caché de l’habitation Comme professionnel de l’immobilier, un angle mort de ce débat me préoccupe particulièrement : l’impact direct de la fiscalité sur la crise du logement.

On dénonce régulièrement la flambée des loyers, avec raison. Mais on ignore trop souvent la réalité économique derrière la brique. Un immeuble coûte extrêmement cher à opérer. Taxes, assurances, entretien, réparations, financement : quand tout augmente en même temps, la pression devient intenable.

Un propriétaire ne peut pas absorber ces hausses indéfiniment. Même si la réglementation encadre les augmentations de loyer, l’explosion des coûts d’exploitation freine les rénovations, mine la rentabilité et finit inévitablement par peser sur l’économie du parc locatif. Locataires et propriétaires ne sont pas des adversaires dans ce débat. Ils partagent le même intérêt : vivre dans une ville où le coût de l’habitation demeure soutenable.

Deux versements par année : une rigidité dépassée Au-delà des grands chantiers, il y a des solutions immédiates. Pourquoi Montréal s’entête-t-elle à exiger le paiement des taxes en seulement deux versements massifs, en mars et en juin ?

Dans un contexte où les ménages étouffent sous les obligations financières, recevoir deux factures de plusieurs milliers de dollars est brutal. Pourquoi ne pas permettre un étalement sur douze mois, sans frais supplémentaires, comme c’est le cas pour la plupart de nos services essentiels ? La Ville conserverait ses revenus, mais offrirait enfin un peu de souplesse et de respect pour les liquidités de ses citoyens.

Je suis profondément attaché à Montréal. Son potentiel est immense. Mais aimer sa ville, c’est exiger qu’elle soit administrée avec rigueur. Avant de nous demander un dollar de plus, l’administration doit nous prouver qu’elle a tiré les leçons du passé, resserré ses contrôles et optimisé chaque centime qui lui est déjà confié.

L’argent de la Ville ne pousse pas dans les arbres. C’est notre argent.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Faut-il exiger un grand ménage dans les priorités de la Ville avant d’accepter la prochaine facture ?

Un texte d’opinion d’un citoyen et professionnel de l’immobilier préoccupé par l’avenir de Montréal.

Sources :

  • La Presse, « Taxes locales à Montréal — Un bond de près de 9 % en 2027 », 19 octobre 2026.
  • Bureau du vérificateur général de Montréal, rapports annuels 2020 et 2021.
  • Ville de Montréal, documentation municipale sur la fiscalité et les infrastructures.